J'ai fait interner ma mère l'année de mes 18 ans.

 

 

Si tu me suis un peu je t'ai déjà parlé de mes souvenirs lors de mes brèves de fille d'alcoolique (à relire par ici) et dernièrement de mon année du bac.

 

Laisse moi te raconter ce que j'ai fait l'année de mes 18 ans :

 

Je venais tout juste d'entrer à la fac.

Je venais tout juste d'avoir 18 ans

Et j'avais des responsabilités.

 

Enfin surtout une.

Toujours la même :

 

Garder ma mère en vie.

 

L'empêcher de se détruire, de se tuer à petit feu.

 

 

Elle n'allait vraiment pas bien en cette période.

Je crois qu'elle n'a pas dessaoulé durant les 3 mois suivant mon obtention du bac.

 

Je ne savais absolument plus quoi faire pour l'aider.

 

Je me tournais vers les associations qu'elle fréquentait pour essayer de trouver une solution ou tout du moins un soutien, une aide,...

 

 

Elle me donnait l'impression de devenir folle.

Elle parlait toute seule, voyait des fantômes et pleurait sans cesse.

 

Au détour d'une conversation j'ai appris que le centre de Sainte Anne à Paris avait une aile spécialisée pour les personnes comme elle, les accrocs à l'alcool, aux drogues,...

 

Je me suis renseignée pour savoir quelles étaient les démarches à effectuer pour faire admettre une personne.

Il fallait qu'un membre de la famille amène le "patient" et demande un internement.

Aussi simple que ça.

 

Internement, je pense que ce mot m'a fait un mal fou.

 

Elle n'était pas folle, juste Addict.

Mais en même temps je ne savais plus comment la gérer.

Elle se faisait du mal, elle ME faisait du mal...

Alors il fallait prendre une décision

 

Le seul problème c'est qu'il fallait être majeur.

J'ai du patienter 2 mois

Cela m'a sembler durer une éternité.

 

 

Et puis j ai eu 18 ans.

 

 

La situation n'avait pas évoluée d'un iota.

 

Je ne voyais plus d'autres solutions que celle ci.

J'y songeais nuit et jour.

J'étais obsédée par cette pensée

 

Une nuit de trop ou elle parlait avec ses fantômes,

Et où elle se blessait pour la énième fois, j'avais pris ma décision.

 

Le soir du jour J j'ai préparé son sac,

J'y ai glissé des vêtements,

Sa trousse de toilette,

Quelques livres

Et des oursons au chocolat.

 

Je l'ai douchée, séchée et habillée.

Je lui ai autorisé sa dernière gorgée d'alcool (comme le dernier repas du condamné à mort!)

Et je l'ai traîné un peu de force la bas. (Elle ne savait pas)

 

Je me suis faite accompagner par un ami de ma mère.

Qui me répétait que j'étais très courageuse et que je prenais la bonne décision.

 

 

En arrivant

J'ai failli repartir en courant.

J'étais à 2 doigts de reculer.

 

Je me suis dit en l'emmenant que sa place n'était pas ici.

Toutes ces personnes qui m'observait le regard vide ou alors avec une étincelle caractéristique de la folie dans les yeux.

 

Ils n'étaient pas comme elle.

 

 

Mais au final j'ai ravalé mes larmes,

J'ai oublié ma boule au ventre

J'ai regarder, sans la voir, ma mère me supplier de la ramener chez elle

et j'ai signé les papiers que l'on me tendait pour son admission.

 

Je l'ai serré dans mes bras, elle sentait bon, et je lui ai dit que j'étais désolée.

 

Le trajet retour fut difficile mais je l'avais fait, non sans mal.

Mais c'était pour elle, pour moi, pour mon frère...

 

 

Je suis allée la voir plusieurs fois.

Les 2/3 premières elle ne me parlait pas.

Son orgueil en avait pris un coup, elle me détestait.

Et le traitement médicamenteux la rendait un peu stone il faut l'avouer.

 

Les fois suivantes elle avait repris du poil de la bête.

On parlait pas beaucoup et surtout de banalité.

 

 

Parfois elle me racontait la vie avec "les fous" comme elle disait.

Il y avait autour d'elle des addicts atteints de maladie psychiatrique.

C'était flagrant qu'elle n'était pas comme eux!

 

Je ne sais plus combien de temps elle y est resté mais il me semble moins de 3 mois.

 

Quand elle est rentrée elle n'a pas voulu que je vienne la chercher.

 

Et elle n'a jamais plus reparler de cet épisode aussi douloureux pour elle que pour moi.

 

Cela ne l'a pas empêché de recommencer à boire.

 

Ainsi était faite ma vie...

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À propos

Lapetitelati

Divorcée, Curieuse et épicurienne, maman de 2 poulettes à la fois douces et piquantes. C'est un blog de maman, enfant, bons plans, découverte et plus encore!!!
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Pitch 16/01/2016 14:37

Une décision très dur a prendre pour une toute juste majeur mais si il fallait en passer par la pour qu'elle soit mieux. et bien sage décision.
Va t'elle mieux depuis?

mere cane 16/01/2016 08:21

Ce qui me touche le plus dans ton billet c'est ce moment quand tu la serre dans tes bras. Ce détail: elle sentait bon. L'odeur de sa maman. Ce moment peut être ou tu la retrouve pour la quitter. C'est dur. Parce que souvent dans nos billets on parle de l'odeur de nos bébés. C'est nous les parents. Ici c'est inversé. C'est toi qui la sent. C'est toi le parent. Je t'embrasse bien fort.

Evelyne Untibébé 15/01/2016 13:45

J'ai lu ton article avec des frissons... c'est beau ce que tu as fait même si, au final, ça n'a pas servi à grand chose. Tu auras au moins tenté de la sortir de là, pour elle, pour vous. Tu n'avais pas vraiment le choix.
Je t'admire ma belle...
Je t'embrasse fort fort fort !

e-zabel 15/01/2016 12:52

ouch, j'ai du mal à commenter mais... pfiou. Bravo à toi.

Valérie T 15/01/2016 11:23

Tu m'a foutu les larmes, et m'a rappelé ce que j'ai vécu durant mon enfance ... Ma mère aussi à fait plusieurs séjours chez les "fous" comme elle disait aussi. Pas pour l'alcool, mais pour dépression. Elle a fait plusieurs tentatives de suicides, en avalant des tas de médicaments. Des tas de souvenirs qui me sont remontés en te lisant. J'en pleure encore. Une période difficile. Je n'ai pas eu à faire tes choix, car nous avions notre papa à nos côtés et j'étais la plus petite. Mais de dur souvenirs. Ta maman, ne s'en ai toujours pas sortis ? Elle a dû t'en vouloir, mais tu n'avait pas d'autres choix. C'est très courageux de ta part, d'avoir prit cette décision. Tu peux en être fière, et au fond d'elle, je suis sûr que ta maman sait très bien que tu as fait ce qu'il fallait, et qu'elle en avait besoin. Mais ce sont des choses difficiles à admettre. Pleins de bisous ma belle.